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Lumière porte-bonheur

Mis à jour : avr. 15

Annie Legault se définit comme une designer d’atmosphère et de textile. Mais ce qu’elle crée, ses lampes, ce sont de véritables œuvres d’art. Entrevue.


Photo : Mélanie Bussière


D’où t’est venue l’idée de créer des lampes tressées?

J’ai entrepris le projet Amulette en 2012 par accident – belle surprise! Puisqu’à la base c’était un projet de finissante universitaire, il n’y avait aucune vocation ni intention commerciale. Tout a commencé lorsque mon projet final de lampes et de tapis a été exposé en vitrine à la boutique Espace Pepin dans le Vieux-Montréal (où j’étais gérante), suite à une exposition de groupe en galerie. C’est à partir de là que tout a déboulé à grande vitesse. Le travail final était une installation artistique (mon champ d’intérêt universitaire) composée d’éléments tels que des lampes de jute géantes aux formes organiques. J’y avais suspendu des pompons géants de couleurs fluo, il y avait des tapis de laine mérinos coloré au sol : c’était en quelque sorte une installation-happening où le public pouvait interagir en galerie, une sorte d’hommage au mouvement Bauhaus qui rallie l’art, le design et l’artisanat (l’ABC de mon travail). Le nom d’Amulette, une sorte de porte-bonheur, vient du principe de protection contre le froid et la noirceur dans mon travail. D’où mon choix de matériaux pour mon projet final universitaire, que j’ai intitulé AMULETTE. Par principe de protection, j’ai choisi d’utiliser la lumière et la laine, les matières naturelles…


Collection RAW. Photo : Myriam Ménard


En quoi tes lampes sont-elles faites et qu’est-ce qui t’inspire?

Je privilégie le coton pour sa belle simplicité, le jute, la laine. Par exemple j’ai utilisé le jute pour la collection RAW, qui est inspirée des graminées dont je suis folle. Chaque lampe de cette collection porte le nom d’une de ces belles herbes : LUZULE, CAREX, BRIZA… mon idée de rêve étant d’apporter un peu de cette belle nature dans nos intérieurs. Le jute m’a toujours fait penser à ces inspirantes et dansantes graminées; cette série est de format géant, un peu comme le sont ces herbes folles. Donc, je suis inspirée par les matières naturelles… pour l’instant. 😉 Le choix d’une matière a toujours une référence, une inspiration qui justifie son utilisation.


Combien de temps demande la confection d’une lampe?

Ça varie tellement d’un modèle à l’autre! En gros, je dirais entre 4 heures et 4 jours? (haha) Parfois même plus! Certaines lampes font 10 pieds de hauteur, d’autres 10 pouces.


Collection Méduse. Photo : Annie Legault


Où vois-tu Amulette dans 5 ans?

Puisque j’ai une agente à Londres (allez voir son travail fou : Sera of London), je compte visiter l’Europe. J’ai annulé tout dernièrement un voyage longtemps espéré à Londres, Berlin et Paris à cause de la COVID, mais j’espère que ça ne sera que partie remise. Je prépare une résidence d’artiste à Berlin, et j’aimerais pouvoir voyager, si les circonstances me le permettent bien entendu, avec mon travail. Pour les prochaines années, de pouvoir continuer de travailler avec des designers d’intérieur et des architectes sur des projets commerciaux me motive tellement! La variation des projets (tous veulent un projet unique) me met chaque fois au défi de me renouveler!

As-tu de nouveaux projets?

Je travaille actuellement sur un projet FOU d’art public, une acquisition du groupe Centre Eaton/Ivanhoé Cambridge. Voulant intégrer l’art dans leur bel et nouvel espace, ils m’ont demandé en tant qu’artiste émergent de créer une pièce géante qui sera exposée dans l’espace verre sur la rue Ste-Catherine, avec une thématique bien précise. Il y aura une campagne publicitaire lancée à travers la ville – à surveiller dans les semaines à venir, ça ne restera pas caché encore trop longtemps! C’est le projet le plus fou que je réalise à l’heure actuelle! Avec leur confiance, j’ai une sorte de carte blanche qui devient un immense terrain de jeu pour moi. Le rêve!


Collection Méduse bonbon ombré et lampes Cocoon. Photo : Annie Legault


Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton travail?

Ce qui me plaît le plus – et qui me surprend le plus (!!!) –, c’est de travailler seule en atelier la plupart du temps. Ayant une personnalité qui aime évoluer en public, le passage vers ma nouvelle réalité s’est fait dans le plus grand des bonheurs! Bien entendu j’ai de l’aide en temps de grande production, selon les commandes à l’agenda. Mon travail reste un acte très méditatif, je remarque que ça a une incidence positive sur ma vie privée. Mais quand je sors de l’atelier, j’en profite et le naturel revient au grand galop!! (hahaha)

Quels sont les artistes qui t’inspirent?

Bethan Laura Wood, une artiste anglaise multidisciplinaire. J’ai pu assister à sa conférence à Toronto il y a quelques mois. Sa théorie de la couleur m’interpelle et m’inspire. La mode et le costume m’inspirent aussi beaucoup, par l’expérience que nous fait vivre le textile, et je pense à Nick Cave et ses Soundsuits. L’expérientiel en général a toujours été ma source d’inspiration, et Ernesto Neto en est le roi selon moi. Oh, et que dire de Janet Echelman, dont l’œuvre 1:26 a été installée au-dessus des Jardins Gamelins. J’adore. 😁


Prototype décliné de la collection Méduse. Photo : Annie Legault


Que penses-tu du design au Québec?

Pour un jeune pays, je constate que nous commençons à sortir de notre coquille, et fièrement depuis quelques années déjà (pensons au Refus Global de 1948). Je crois que notre authenticité se fait sentir par notre culture, qui est par exemple différente de celle du reste du Canada, et je crois que les quatre saisons influent autant sur notre créativité que notre authenticité. Notre ADN se retrouve à travers notre interprétation de ce qui nous entoure, de qui nous sommes. On le voit par les nouveaux gins faits au Québec, une ligne de manteaux d’hiver, etc., qui fait qu’on vit le design en harmonie pure avec qui nous sommes… C’est ce qui forge notre signature en matière de design québécois, et on y arrive très bien. Et d’investir dans notre marché et nos produits fabriqués localement nous rendra tous plus forts.

Que peut-on te souhaiter pour l’avenir?

Je me souhaite de voyager pour le travail. Je me souhaite d’avoir du temps pour travailler sur mes installations artistiques, de collaborer à des projets commerciaux et avec des artistes de disciplines différentes. D’avoir en quelque sorte un agenda riche en expériences! Aussi je me souhaite d’adopter un petit animal délaissé, que j’irai chercher à la SPCA. Je me souhaite que ma collaboration avec Berlin se réalise rapidement. J’aime tellement ce que je fais, je me souhaite de continuer le plus longtemps possible. Ce n’est pas un travail, c’est un mode de vie. Et ça, c’est ce qui me rend heureuse.

Voyez le site internet d’Annie Legault ici et son compte Instagram ici.


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